• Douleur et gloire - Pedro Almodovar (2019)

    J'AIME BIEN

    Douleur et gloire - Pedro Almodovar (2019)Bonne surprise ! Je m'étais juré de ne plus aller voir de film d'Almodovar après La mauvaise éducation (2004) qui traitait du thème sensible de la pédophilie un peu trop à la louche, et surtout Les amants passagers (2013) qui prenait le public pour des idiots. Mais enfin, Almodovar cesse d'osciller entre pitreries et mélodrames faciles pour prendre au sérieux la question d'un artiste qui vieilli, d'autant plus qu'il s'agit d'exposer sa propre autobiographie.

    Palme d'Or bien méritée pour Antonio Banderas qui, départi de toute la séduction dont il capable semble accepter une image diminuée de lui-même sans lutter. Il joue alors le rôle de Pedro Almodovar avec beaucoup de calme et de sagesse, tout en montrant qu'il est lui-même concerné de près par le thème du film.

    Dommage que Pedro n'ait jamais eu de Palme d'Or. Il est sans doute un des cinéastes les plus importants de ces 50 dernières années, parce qu'il a traité la question l'identité sexuelle avant tout le monde. Parce qu'il a porté un regard différent sur ceux qui étaient marginalisés à cause de leur choix sexuels alternatifs. Il les a regarder avec tendresse, il les a rendu  beaux et a participé ainsi à faire évoluer les mentalités et l'ordre sociétal dans lequel nous sommes aujourd'hui.

    Pour ce qui est de cette autobiographie filmique, c'est un exercice difficile tant il n'est pas évident de trouver la juste distance quand on parle de soi. Surtout pour un artiste, il y a tant de pièges à éviter : l'enflure narcissique, s'apitoyer sur son sort, se flatter autant que s'auto-flageller serait gênant. Alors Almodovar choisit de se raconter au travers des amours entremêlés des angoisses qui ont jalonnées sa vie. C'est ainsi que l'artiste hors-norme revient parmi le commun des mortels: comme beaucoup d'entre nous il est très nostalgique de son enfance, il adore sa mère, il n'a vécu qu'un seul grand amour réciproque, il traverse de longue période de solitude et lutte contre des obsessions liés au corps. 

    Alors la seule différence entre l'homme commun et l'artiste se joue à cet endroit de l'écriture, et du besoin de restituer les émotions singulières qui le traverse. Avec cette nécessité d'assumer la subjectivité d'un sentiment quand bien même il serait à l'opposé des conventions. Car Almodovar est un anti conformiste depuis l'enfance, et encore dans ce film qu'il fait à 70 ans. C'est moins trash que ses grands films des années 80, mais la singularité est encore là dans l'image : quand un enfant apprend à lire à un homme adulte, quand deux vieux monsieurs s'embrassent avec respect et passion, quand les radiographies techniques du corps ne peuvent rien en dire de ce qu'est la vie.

    Et pour parler de ce qu'il y a chez lui de plus prégnant, à savoir un certain goût pour le mélodrame, il choisi une sacrée mise en abime pour l'illustrer. Asier Etxeandia joue au théâtre le texte écrit par Antonio Banderas qui joue Pedro Almodovar au cinéma. Alors, l'auto biographie aura son moment de pathos au premier degré mais avec le recul de la mise en scène pour dire tout le recul qu'Almodovar a sur ce rapport émotionnel direct qu'il aimait tant avoir avec ses spectateurs. Le film Douleur et gloire  semble dire qu'il doit savoir résister à la faciliter du mélo pour être plus proche de l'intelligence du spectateur. Comme le dit une réplique du film "un bon acteur c'est celui qui sait retenir ses larmes, et non pas celui qui sait pleurer" ! Car la beauté de l'homme a aussi à voir avec tous les efforts dont il est capable pour rester digne... malgré tout. Ce film est un auto-portrait d'Almodovar parfois pathétique certes mais finalement toujours soucieux de préserver sa dignité. Et qu'on soit un artiste reconnu ou non c'est cela qui fait un grand homme.

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