•  Non loin de Tombouctou, Abderrahmane Sissako nous raconte cette confrontation entre deux manières d'être musulmans en Afrique :  une paisible organisation culturelle et spirtuelle qui est celle des habitants de ce village, face à l'instrumentalisation du texte sacré pour imposer une loi totalitaire qui si elle était celle de Dieu n'aurait pas besoin de la menace des armes.

     

    Je retiendrai de ce film la merveilleuse scène des jeunes garçons qui jouent au foot sans ballon, et qui accordent leur imaginaire pour poursuivre le jeu. Ils courent dans les mêmes directions, et peuvent encore marquer des buts selon ce à quoi rêve le gardien. Ils continuent donc de faire ce qu'ils aiment même s'ils sont privé des moyens matériels de le faire. Ils continuent d'entretenir ce qui les relie ensemble, en attendant que cette ombre de l'oppression passe son chemin...

     

    Fiche : 

    Date de sortie 10 décembre 2014 (1h37min) 

    Réalisé par Abderrahmane Sissako

    Avec Ibrahim Ahmed dit PinoToulou KikiAbel Jafri...

    Genre Drame

    Nationalité Français , mauritanien

     

       

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  • Le cinquième film de Dolan "Mommy" méritait sans doute la Palme d'Or à Cannes 2014. Même si cet insolent prodige du cinéma quebecquois agace plus d'un critique par son rapport au cinéma comparable à un rappeur dans l'égotrip. Je pense que si l'on écarte la caricature du jeune gay obsédé par sa mère, et que l'on regarde son oeuvre au delà de ce que peut représenter le jeune homme, force est de constater que nous avons affaire à un cinéma poétique, singulier et politique.

     

                               Poétique. Parce que c'est une jolie idée de mise en scène de partir d'un adolescent hyperactif aussi violent que passionément aimant, pour nous montrer à quel point nous pourrions vivre avec plus d'intensité et de joie. Certe l'homme social doit canaliser son aggressivité pour le bien être de la société, mais soyons vigilant quant au prix à payer en terme de liberté et de gôut de vivre.  Notre domestication à l'extrême, courante dans la majorité des sociétés modernes, risque de faire de nous des êtres sans reliefs, sans coeur, et sans passion.

     

    Dolan a choisi le format carré qui me fait penser aux photos de famille que l'on regarde avec tendresse. Et qui finalement est un cadre qui est ajusté à l'Homme debout. J'y vois deux significations : La première étant que quelque soit la misère matérielle d'un individu, il est regardé par Dolan dans sa dignité d'être humain avec ce cadre qui lui restitue sa grandeur. Et aussi qu'il n'y a de bonheur possible qu'avec nos proches, les êtres auxquels nous sommes attachés, c'est à dire ceux qu'on aime regarder en photos.

     

    C'est la force de la scène où la mère, le fils et la voisine dansent dans la cuisine sur du Celine Dion. Je pense que Dolan souhaite nous rappeler qu'on s'en fout du bon goût de la musique, qu'on s'en fout de manger des pâtes trop cuites, qu'on s'en fout d'être riche ou pauvre, car ce qui fait qu'on peut partager des moments de joie intense et se sentir vivants, c'est d'avoir un espace dans lequel s'exprimer avec liberté tout en étant acceuillit par les siens.

                                       

                                     Singulier. Parce que Dolan explore dans son cinéma  la question de l'attachement qui dépend souvent du rapport à notre mère, certes ;  mais surtout il nous invite à être libre de nos attachements qui peuvent être protéiformes et pas forcement fondés sur l'amour romantique, le désir charnel, ou l'envie d'une famille.  Ici il y a un lien profond qui se tisse entre deux femmes qui sont a priori de simples voisines. Elles aiment être ensemble sans justification particulière, mais comme le dira Diane "Ne crois pas que ce n'est pas important pour moi". Cette relation d'amitié semble plus riche et profonde que la relation qu'elles entretiennent avec les pères de leur enfant repsectif.  Et la séparation entre ces deux femmes  sera déchirante comme un rappel du sentiment d'abandon orginel. Ainsi Dolan nous invite à reconnaitre l'amour partout où il se présente, et justement pas là où on nous enjoint de l'attendre.

     

    C'était déjà le cas dans "Tom à la ferme", quand le frère du defunt et l'ex-petit ami de ce dernier se lient étrangement autour du fait qu'ils représentent chacun à leur manière une mémoire de l'être aimé qui est mort. Rien d'autre ne semble fonder la dépendance qu'ils éprouvent l'un vers l'autre. Puisqu'il n'y a a priori aucune affinité entre ce campagnard brutal et homophobe et ce bobo gay urbain qui bosse dans une agence de pub.

     

    Ainsi Dolan nous enjoint à aimer oui pour le meilleur et pour le pire, mais qui l'on veut, à sa manière, et sans schéma préconçu ! Comme le philosophe Kierkegaard soulignait que plaider l'amour le discédite toujours.

     

    Dans Mommy le contraste est plus dans les caractères. Diane, mère célibataire et précaire, est complètement extravertie, drôle et bavarde au possible. Quand Keyla, la voisine, a fondée une famille classique avec un mari informaticien, mais elle est begue et s'exprime avec difficulté. Pourtant c'est au milieu de cette mère et de ce fils suréxcité que Keyla va retrouver sa joie de vivre et du sens à son quotidien. Quand elle s'oppose avec colère au débordement du gamin on se demande si elle n'a pas été, elle aussi, plus jeune une enfant bipolaire qui a force de se polisser pour convenir aux autres a fini par inhiber sa parole ?

     

                                 Politique. Parce que Dolan sublime la représentation des gens de condition modeste qu'ils nous montrent comme des héros des temps modernes. Héroïne, parce cette mère célibataire et précaire ne se laisse pas dévaloriser par cette condition fragile : elle garde sa fantaisie (son look kitch est totalement assumé et joyeux), son humour (donc un recul sur ce qu'elle représente pour les gens qui craignent sa condition), et son espoir - l'essentiel - puisque c'est le sentiment qui unit une foi en soi et en la vie.

     

    Fiche :

     

    Date de sortie 8 octobre 2014 (2h18min
    Réalisé par Xavier Dolan
    Avec Antoine-Olivier PilonAnne DorvalSuzanne Clément plus
    Genre Drame
    Nationalité Canadien
    Date de sortie 8 octobre 2014 (2h18min
    Réalisé par Xavier Dolan
    Avec Antoine-Olivier PilonAnne DorvalSuzanne Clément plus
    Genre Drame
    Nationalité Canadien

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  • Ce film ukrainien est une sacrée expérience de cinéma ! Deux heures dans le monde des sourds et muets, sans dialogue ni sous titre. Par la force de l'expression des corps, et des mises en situation, on ressent cette histoire avec la profondeur du silence. Ces handicapés qui ont basculés du côté du crime, sont mis en scène dans leur puissance : argent, sexe et violence.

     

     

    Dès la première scène du film, je comprends que c'est à moi d'écrire les dialogues. Je vais regarder un film pour lequel j'aurais une marge d'interprétation énorme pour ce que j'imagine du discours des personnages. Et en même temps je ressors avec le sentiment que les mots sont inutiles tant les attitudes et les situations sont univoques.

     

    Un gang de jeunes sourds et muets gagnent de l'argent en prostituant deux filles auprès des chauffeurs routiers qui passent la nuit dans leur camion. Le héro, un adolescent timide, gagne sa place dans le groupe quand il démontre sa résistance au combat. Il devient alors celui qui accompagne les filles la nuit.

     

    Avec l'une d'elle il découvre le réconfort de l'acte sexuel. Le bonheur qu'il ressent à ce moment là, même s'il est tarifé, déclenche chez lui comme une puissante addiction. Il devient près à tout pour retrouver une proximité avec cette brulante jeune fille qu'il a dans la peau.

     

    Une tenue de caméra virtuose qui nous fait pénétrer un microcosme troublant de force et de fragilité à la fois. Une représentation si réaliste de ces jeunes filles qui se prostituent comme si c'était une fatalité, sans que cela ne les prive de la joie, de l'amitié et de l'espoir d'une vie meilleure au delà de l'Ukraine.

     

    Les sourds et muets sont obligés de se regarder pour échanger. Il a une sorte d'obligation de faire face. Faire face à l'autre, face à la société de laquelle ils sont exclus, face à leur condition misérable. Il semble que cela rend sensible et fort... ou dément. Ici notre timide héro finit par basculer dans une folie destructrice.

     

    Car finalement, être sourd et muet dans une société où règne la loi du plus fort, c'est comme être une jolie jeune fille dans la pénombre des nuits de vieux camionneurs esseulés : un immense gâchis !

     

    Fiche :

    Date de sortie 1 octobre 2014 (2h12min)

    Réalisé par Myroslav Slaboshpytskiy

    Avec Grigoriy Fesenko, Yana Novikova, Rosa Babiy plus

    Genre Drame

    Nationalité Ukrainien , néerlandais


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  • Un film sur des retrouvailles entre frères dans le cadre d'une représentation originale de la communauté gitane ou plus précisément des Yédiches, peuple semi-nomade d'Europe. Fred le "chouraveur" sort de prison et retrouve les siens, peu disposés à l'accueillir maintenant qu'ils sont convertis au christianisme et gagnent leur vie honnêtement.

     

    Jason s'apprête à célébrer son baptême chrétien quand Fred son demi-frère sort de 15 ans de prison. Il a attendu si longtemps le retour du frère légendaire qui volait des chariots entiers d'aliments pour nourrir la famille. Alors difficile de dire non quand ce dernier propose un casse qui les mettra à l'abris pour le restant de leur vie.

    Enfin surtout pour l'aventure et pour partager un moment fort entre frangins. Ils partent à quatre sur la route, les trois frères et un jeune homme chrétien qui dit vouloir veiller sur Fred même si on comprend sa nostalgie du temps où être gitan correspondait un mode de vie plus exaltant.

    On devine que ça va mal tourner... que la tranquillité de la communauté est en danger comme la belle chemise blanche de Jason pour son baptême se trouve tâchée de cendres dans la minute où il l'a enfilé.

    Sur la route vers le cuivre à voler, la force de leur sentiment est palpable avant tout lors des rapports de force pour décider de l'action ou face à l'adversité. Mais leur expression orale, en yediche (non sous-tirés) semble se limiter aux embrouilles, aux insultes, ou à de vulgaires histoires de fesses.

    Ce qui contraste puissamment avec le discours qu'apporte la religion chrétienne lorsqu'on entend ces virils gens du voyage chanter des chansons niaises lors des cérémonies du dimanche...

    Comme s'il fallait choisir entre un ordre paisible mais ennuyeux ou un désordre immorale mais plus fougeux ?

     

    Fiche technique :

    Date de sortie 17 septembre 2014 (1h34min
    Réalisé par Jean-Charles Hue
    Avec Jason FrançoisMichaël DauberFrédéric Dorkel plus
    Genre Drame
    Nationalité Français

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