• Burning - Lee-Chang Dong J'ADORE

    Il y a souvent ce brin de vitalité poétique dans les films coréens impossible à retrouver ailleurs. Ce moment où une attente s'ouvre sur l'expression d'une grâce qu'il me semble qu'on a oublié depuis longtemps en Occident. Quelque chose qui semble relier de manière inconditionnelle la liberté, l'innocence et la beauté.

    Ce film reprend ce constat qui traverse le cinéma coréen depuis les années 60 avec le film culte "La servante" de Kim Ki-Young et son remake "The housemaid" de Im Sang-Soo en 2010. A savoir que notre monde moderne n'offre aucun contentement à personne, puisque les riches souffrent de la vacuité du trop plein de leur existence quand les pauvres souffrent du trop de soumission de leur existence. Dans ces films riches et pauvres se font face dans un même sentiment mélancolique d'insatisfaction systémique.

    Mais dans ces années 2000 ce qui manque sans espoir d'être jamais atteint est de plus en plus mystérieux. Il y a comme un manque fondamental. D'où cette mise en scène intéressante de la banalité de la masturbation masculine telle une énergie qui tourne à vide, comme insatisfaction dans l'autosatisfaction.

    Sans doute que ce qui manque à tous c'est la singularité de chacun. Pour s'intéresser à l'autre, il faut que l'autre puisse être désirable. Mais le monde d'aujourd'hui qui a formatter les objets, la nourriture, les centres villes et l'art contemporain, a finit par uniformiser l'être humain qui n'ose plus déranger, dénoter, surprendre. Alors la sublime jeune fille du film, qui n'est ni du côté des riches ni du côté des pauvres, mais qui malgré elle prend une position mystique, devient comme l'ultime rempart de la beauté et de la spontanéité. Forcément elle est ridicule au milieu des jeunes filles riches et mondaines. Et forcément les deux hommes du film en sont amoureux. Pas pour les mêmes raisons : le jeune homme aisé la trouve divertissante du haut de son cynisme ; quand le jeune homme pauvre trouve celle qui ne pose pas de condition pour aimer. Mais au-delà des raisons, ils sont happés par sa grâce infinie. Comme par magie c'est elle qui fait lien entre les deux hommes, entre les deux mondes des riches et des pauvres unit par une fascination commune pour cette jeune fille si vulnérable et singulière. Mais elle est trop lumineuse pour survivre dans ce monde terne, alors elle s'évapore. Et la lutte sans merci des pauvres contre les riches reprend son cours, dans le fond c'est une lutte absurde, mais cela comble le manque... Ce manque brulant qui pousse aux tragédies, comme dans cette issue finale qui se résout par le feu, si radicale ! 

    C'est le plus beau film de l'année ! voir même de ces dernières années.

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  • J'ADORE !

    Mektoub My Love - Un canto uno - Abdellatif Kechiche (2018)

    Difficile de savoir par où commencer tant ce film est puissant et riche de sens. Les réactions moralistes devant les corps de femmes filmés de trop près témoignent de l'urgence qu'il y a à proposer ce genre de création au cinéma. Kechiche choque parce que nos sociétés névrosées sont trop habituées à une représentation publicitaire et néo-libérale du féminin, c'est à dire à des corps lisses, plats, virtuels, sans forme et sans désir ; des corps mortifiés et sous contrôle ! Oui, Kechiche approche de très près sa caméra des fesses de ces jeunes filles pour en montrer une chair qui déborde. Une chair qui dérange, parce qu'elle échappe à tout contrôle, parce qu'elle suit sa propre ligne de fuite, parce qu'elle est imparfaite et parfois informe. Alors, chez Kechiche, le corps de la femme reprend son volume, à l'intérieur duquel s'ouvre la possibilité d'une intériorité pleine. Enfin la femme n'est plus une image creuse mais une matière vivante, vibrante ; condition nécessaire pour celles qui veulent être véritablement souveraines.

    Après sa Palme d'Or en 2014 pour son film La vie d'Adèle, Kechiche était très attendu. Il revient quatre ans après, avec Mektoub My Love - Un canto Uno, qui dresse le portrait d'une bande d'adolescents en vacances dans la petite ville de Sète (ville portuaire du sud-est de la France). Il montre qu'au sein de cette nouvelle génération on se fréquente de manière banale entre "arabes" et "blancs". Et si les différences culturelles sont apparentes elles disparaissent au profit du désir amoureux qui circulent entre les individus et qui finit toujours par mener la danse chez Kechiche. 

    On peut souligner que le titre mélange trois langues différentes : l'arabe, l'anglais et l'italien. Sans doute à l'image des sociétés post-raciales que nous sommes en train de devenir. On peut aussi souligner que la langue française est exclue du titre, une manière pour Kechiche de rappeler qu'il est davantage reconnu à l'International qu'en France et de régler ses comptes avec une certaine critique de cinéma en France qui est d'une mauvaise foi criante devant ses oeuvres... (je crois aussi qu'il est aberrant de ne pas avoir retenu Mektoub My Love - Un canto Uno dans la catégorie "meilleurs films" au Césars 2019, alors le mauvais film Le grand bain s'y trouvait... bref). Kechiche ouvre son film avec un jeune tunisien typé qui baise une française, comme pour dire que "Kechiche baise la France" de toutes façons ! puis nuance... la noble musique classique qui accompagne ce moment lui redonne ses lettres de noblesse. Sur Sonata n°1 in G minor : II Fuga (Allegro) de J.S Bach, les deux adolescents se font du bien et semblent très heureux de le faire. Baiser c'est pas toujours joli à voir certes mais ça peut être très épanouissant (pour les femmes et pour les hommes), comme le montre le dénouement de cette première scène sous la douche où la joie prend le relais de la jouissance.

    Kechiche a choisit de donner des noms d'opéra à chaque film de sa nouvelle trilogie : un canto uno, intermezzo.. peut-être pour rappeler que le véritable ancêtre du cinéma c'est l'opéra (et non pas le roman). Car le cinéma c'est avant-tout la question d'une sentimentalité folle, d'émotions complexes et débridées qui s'organisent dans la partition de montage. C'est l'image et le son mis en rythme pour nous bouleverser, pour nous chahuter, pour nous amener à des états de conscience inédits, ou pour ouvrir notre regard sur un delà de la petite cage normative de nos sociétés matérialistes. C'est à l'opposé de la série "Netflix" où c'est d'ailleurs l'auteur (le scénariste, le show-runner) qui est la tête d'affiche, et qui finalement nous propose des images pour enfants bien moins inquiétantes que les contes populaires de nos grands-mères ! Le réalisateur n'a plus d'importance dans les séries parce qu'il ne s'agit justement pas de cinéma, il n'est question que de raconter des histoires, avec le plus souvent un grand conformisme formel. 

    Kechiche est un naturaliste, alors il n'y aura rien de spectaculaire ni dans l'intrigue ni dans les dialogues. Impossible de sploiler ce film qui n'est pas un conte pour enfant mais une mise en situation permettant de montrer autres choses que ce qu'on voit de prime abord. Mektoub My Love - Un canto Uno est, selon moi, un dévoilement de ce qui se cache derrière la mascarade féminine, pour tenter d'approcher un réel exclusif à ce genre : l'enfantement.

    Amin, le jeune photographe un peu voyeur est le seul garçon qui ne se laisse pas impressionner par les apparats des femmes qui l'entourent (il refuse les avances de la jolie top modèle par exemple). On dirait qu'il se doute qu'il y a un leurre. Avec son appareil photo il ne cherche pas à saisir la femme en surface mais plutôt à comprendre ce qui se cache derrière les apparences (comme Kechiche avec sa caméra). Les jeunes femmes ont l'air si futiles, si légères, si bien apprêtées, si fo-folles qu'on pourrait croire qu'elles appréhendent la vie avec superficialité et sans conscience. Mais c'est sans compter que toute femme se prépare depuis le plus jeune âge à connaitre le réel de l'enfantement (qui échappe à la représentation). C'est pour cela que les femmes sont moins stupides qu'elles n'en n'ont l'air. C'est pour cela qu'elles sont plus soucieuses du corps (donc du réel) que les hommes. C'est pour compenser ce moment de l'accouchement, dur, animal et inélégant qu'elles tiennent à leur entrée avec vigueur dans la civilisation avec une mise en beauté quotidienne qui feint le détachement.

    Amin, va aller prendre des photos d'une chèvre qui met bas. Kechiche choisit encore de la musique classique pour accompagner ce noble moment où la chèvre souffre pour mettre au monde son petit dans de drôles de liquides visqueux. Cette douleur indicible, cet horreur du réel, c'est l'ombre derrière le féminin. C'est ce pourquoi elles prendront toujours l'amour au sérieux. Et si le masculin peut passer sa vie dans une fiction, la femme se prépare depuis sa plus tendre enfance à engendrer la vie via le déchirement de son propre corps (qu'elle enfante ou non elle s'y prépare). Un accouchement c'est aussi banal que c'est extra-ordinaire.

    Et alors que notre époque défend l'utopie qui consiste a fusionner - donc à faire disparaitre - les genres, Kechiche fait ici l'éloge admiratif de ce particulier de l'accouchement qui n'appartient qu'au genre féminin et qui sans doute détermine son rapport au monde, et bien évidemment son rapport aux hommes... J'aime les femmes chez Kechiche parce qu'elles sont loin d'être naïves, parce qu'elles ne sont pas sous l'emprise de l'homme mais souvent prennent les commandes, parce qu'elles n'ont pas peur du "mâle" au contraire elles le désirent. Les femmes chez Kechiche sont offensives, elles sont travailleuses et puissantes. Et parce qu'elles accoucheront dans la douleur, elles savent aussi jouir de leur corps : ces moment de danse déchainées en discothèque c'est l'immense plaisir de jouer avec son corps qui appartient au féminin également. Jouer avec ses cheveux, jouer avec les lignes de son visage, jouer avec ses hanches et avec son poids... c'est là que ce situe le plaisir de se sentir femme. Comme le disait Pina Bauch "Dansons, dansons, sinon nous sommes foutu!". 

    Mais chez Kechiche - ce qui dérange peut-être le plus encore les féministes primaires - c'est que la femme est grande à condition d'être soutenue par un homme. Il n'y a pas d'idéal d'indépendance de la femme chez lui. Il y a quelque chose dans le propos non verbal de ce film qui dit que la femme est plus grande que l'homme a priori, mais attention, elle n'atteindra sa grandeur qu'à condition qu'elle trouve un homme qui la transporte, qui l'aime, qui lui donne du plaisir. C'est ce que raconte ce moment au bord de l'eau quand les femmes jouent à se battre entre elles portées sur les épaules des hommes : quelle que soit leur forme, quelle que soit leur âges, elles sont toutes sublimes, joyeuses, rayonnantes et au dessus des hommes qu'elles tiennent coincés entre leur jambes pour rester stables et fortes. C'est emboités l'un dans l'autre que l'homme et la femme s'épanouissent. Ce moment est baigné de lumière merveilleuse comme rappel des citations religieuses du début du film : "Dieu donne la lumière à qui il veut". Ce même Dieu qui a fait de Kechiche un immense cinéaste !

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  • La favorite :  Yórgos Lánthimos (2018)

     J'AIME BIEN

    Voilà un cinéaste qui partage nettement la critique. Certains l'admirent quand d'autres le détestent. C'était déjà le cas pour son premier film remarqué The Lobster (2015). 

    Ici, pour son nouveau film La Favorite il continue de dépeindre la férocité de l'humain avec une certaine misanthropie diront les uns, ou avec un réalisme cru diront les autres. 

    Moi je considère qu'il met parfaitement en scène l'ubris du pouvoir qui hante beaucoup de nos microcosmes contemporains (chaque entreprise privée ressemble à cette cour royale avec ces intrigants sans pitié, comme dans le milieu de la production cinéma #metoo, comme dans le milieu des médias #LigueduLol, etc). Et si ce sont des femmes qui sont ici prêtes à tout pour maintenir leur pouvoir, ce n'est que pour mieux parodier cette norme masculine de la domination qui se perpétue de siècle en siècle ! Tout en rappelant que la jouissance phallique peut aussi être la quête d'une femme, puisque le phallus est de l'ordre de l'imaginaire.

    On remarquera que dans ce film d'époque les hommes sont maquillés et les femmes ont le visage à nu. Cette inversion évidente des normes du XXème siècle annonce que ce film historique permet à Lanthimos d'inverser les conventions homme/femme. Et si on montrait des femmes se comporter comme des hommes de pouvoir sans limite : mettre de côté les sentiments  par obsession d'une réussite égoïste, humilier à souhait le petit personnel pour se sentir supérieur, échanger des faveurs sexuelles contre un place au plus près du sommet... Avec des femmes comme uniques protagonistes, d'un seul coup tout devient plus choquant, parce qu'un beau et tendre visage  (comme celui de la sublime Emma Stone) ne peut pas pouvoir masquer une âme aussi maléfique. Et bien si ! la forme et le fond d'un individu ne s'accorde pas toujours. Et les femmes sont autant capables de cruauté que les hommes. C'est une vraie position féministe à mon avis, bien plus intéressante que celle qui consiste a faire sans cesse de la femme la victime potentielle d'un système. Ici la femme a des ressources, des défenses, tant du domaine de la force brute (via des armes) que mentale (via la ruse).

    Montrer ces visages de femme sans maquillage en gros plan va dans le bon sens pour décharger les femmes de ce poids des apparences (même si nous n'avons pas toutes la beauté pure de Rachel Weisz à 49 ans!). Tout  comme l'idée de faire de la reine une femme très laide qui mérite ses moments de gros plan elle aussi. D'ailleurs, malgré sa laideur (renforcé par un goût pour la jouissance qui la rend sans tenue ni distinction) et sa folie, c'est elle qui gardera le véritable pouvoir jusqu'à la fin. Un pouvoir dégénéré qui n'a plus de sens, mais qui peut instrumentaliser l'autre à souhait pour son égoïste plaisir.

    Je crois que c'est un film dans l'air du temps, qui en dit long sur notre époque qui a pour injonction principale de jouir sans comprendre. Ce qui est plutôt tentant quand on ne mesure pas pas à quel point cela s'accompagne toujours de cette maladie du pouvoir qui implique de faire de l'autre un petit objet remplaçable. Et d'un certain pousse au crime... comme l'a également très bien montré Harmony Korine dans son superbe film Spring Breakers (2012).

     

    Fiche technique

    Distribution

    Récompenses

     

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    2 commentaires
  • J'AIME BIEN

    Bohemian rhapsody - Bryan Singer (2018)

    Biopic sur la vie du groupe Queen et de son leader exceptionnel Freddy Mercury, réalisé de manière assez classique et sans grande surprise mais qui fonctionne parfaitement pour restituer l'émotion et la puissance du destin des ces quatre musiciens formidables.

    Superbe prestation de RAMI MALEK qui a su imiter l'énergie si puissante et si nerveuse du chanteur Freddy Mercury.

     

    Fiche technique

     

    Distribution

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