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    Once upon the time... Hollywood - Quentin Tarantino (2019)

     Charles Manson hippies clan

    Revenu bredouille de Cannes 2019, Tarantino signe quand même un très grand film de cinéma. Difficile a cerner certes, mais tellement fidèle à lui-même: chargé d'énergie dès les premières secondes et très stylisé : avec une bande son déraillante, une déclinaison fascinante du féminin et un moment de vengeance explosif bien sûr ! Au cinéma tout est permis comme dans un fantasme et c'est la folle liberté de Tarantino de nous livrer les siens, avec en creux une pudique sentimentalité qui finit toujours par surgir malgré la nécessité de saturer la violence. Le film commence avec de modestes lenteurs pour finir par un carnage aussi drôle que trash! Tarantino est un virtuose du cinéma (et pas seulement un recycleur de formes). Combien de réalisateurs rêveraient juste réussir une scène culte comme Tarantino nous en donne à voir encore plusieurs dans ce film : la mise en abime du jeu d'acteur de Dicaprio qui joue l'acteur qui rate puis qui se re-concentre aussi vite pour livrer le meilleur de ce qu'on peut imaginer; où ce moment où Brad Pitt défonce un hippie pour l'obliger à changer sa roue de voiture ; ou cette délicieuse adolescente qui fait du stop et devant laquelle peu d'hommes se poseraient la question de sa majorité... Et le plus audacieux est encore au-delà de tout ça : c'est ce portrait à rebrousse poil et dérangeant du mouvement hippie. Tarantino est celui qui donne un nouveau visage à l'injonction "il est interdit d'interdire" et à cette contre-culture des années 60 qui va ponctuer son déclin avec le crime atroce perpétré par "la Manson familly" dont il est question ici. Derrière Tarantino le jouisseur, il y a Tarantino l'historien qui montre l'élan avec lequel l'Amérique est entrée dans les années 1970... ce qui pourrait bien expliquer ce qu'elle est devenue 50 ans plus tard. Ceux qui avaient la vingtaine durant les sixties ont environ 70 ans (l'âge de Trump) en 2020. C'est bien cette génération qui a façonner le monde occidental tel qu'il existe aujourd'hui.

    "Once upon the time (trois petits points) Hollywood" est un film difficile à lire. Pour son 9ème long-métrage Tarantino ne nous mâche par le travail, loin de là... Une première énigme se pose : alors que le mouvement hippie autrement nommé "Flower Power" reste dans notre imaginaire collectif une utopie sympathique, pourquoi fait-il un portrait si désastreux de ces communautés idéalistes qui sont apparu en Occident dans les années 60?

    "Il était une fois" est l'introduction classique d'une histoire qui prend la forme d'un conte. Or le conte est un récit d'aventures imaginaires qui se distingue du roman ou de la nouvelle par l'acceptation de l'invraisemblance. Ca tombe bien, Tarantino n'en n'a jamais rien à faire de la vraisemblance ! Hitchcock non plus d'ailleurs, ce dernier n'a que trop répété aux journalistes perplexes devant ses scénarios, qu'à choisir entre l'émotion et la vraisemblance au cinéma, il choisit l'émotion. Le conte a aussi cette particularité de traverser les siècles grâce à la force émotionnelle qu'il contient associée le plus souvent à une puissante pensée philosophique.

    Tarantino n'est pas du côté de la réalité, il est du côté fantasme. Ses films sont tels des rêves éveillés où les pulsions peuvent s'exprimer sans conséquence dans le réel. Qui n'a jamais rêver d'embrasser celui ou celle qui pourtant est inaccessible et nous fait baisser les yeux quand on le croise ? ou qui n'a jamais imaginer de casser la gueule à quelqu'un du boulot pourtant en réalité intouchable ?  Le fantasme de Tarantino, qu'il ne cesse de nous livrer dans toute son oeuvre,  c'est celui qui consiste à régler ses comptes à l'horreur de l'Histoire. Tarantino n'est pas un idéaliste qui croit qu'il serait possible d'éradiquer le mal des sociétés humaines. Par contre, tout ce qu'on peut faire selon lui pour compenser, c'est se réjouir ensemble d'un rêve de vengeance :

    - Son film Inglourious basterds c'est la vengeance qui n'a pas eu lieu contre les nazis

    - Son film Django c'est lvengeance qui n'a pas eu lieu contre l'esclavage 

    Son film Jackie Brown c'est lvengeance d'une femme noire qui n'a pas eu lieue contre l'écrasante domination masculine trans-raciale

    Si tout un chacun peut fantasmer pour compenser face à celui qui lui fait du mal et devant lequel il est en réalité impuissant, Tarantino empreinte les voies du cinéma pour donner une forme démesurée à un fantasme de puissance qui dit finalement l'inverse :  à savoir à quel point l'homme est impuissant devant les fléaux de l'histoire du monde moderne : le nazisme, l'esclavage, la domination masculine, ect... Sauf qu'au lieu de s'en accabler, Tarantino met en scène - pour le plus grand bien de notre santé mentale je crois - ce drôle de sentiment qu'il y a à se réjouir de la vengeance ! Ses films nous invitent a s'imaginer reprendre le dessus sur les monstruosités de l'histoire. Car qu'en serait-t-il du monde s'il y avait décompensation ?

    Dans ce dernier opus Once upon the time... Hollywood, il s'agit de carboniser des hippies. Figures majeures de notre histoire contemporaine, mais qu'il est plus difficile de ranger du côté du mal. Car le mouvement hippie est apparu dans les années 60 - au moment du célèbre festival de Woodstock - comme une contre-culture s'opposant aux modèles traditionnels qui régissaient les sociétés occidentales au début XXème siècle. Pourtant Tarantino règle méchamment ses comptes au "flower power" qu'il représente comme des gens stupides, sales et haineux ; comme aucun autres réalisateurs n'avaient oser les représenter jusqu'ici j'ai l'impression. Et ce n'est pas si inintéressant... car à regarder de plus près cette partie de l'histoire, même si l'idéologie hippie a pu partir de bonnes intentions avec des tag lines comme "faisons l'amour et pas la guerre", il s'avère que de nombreuses communautés hippies étaient organisées comme des sectes, et que l'injonction "il est interdit d'interdir" avait finit par entrainer de nombreuses dérives : adolescents sous emprises, viols de femmes, et parfois même pédophilie. Jusqu'à ce que les historiens ponctuent la chute définitive de ce mouvement qui perd tout crédit dans l'opinion publique américaine au début des années 70, après le crime atroce perpétré par la "Mason familly" : une bande de hippies décérébrés qui se trompe de maison et qui assassine la femme de Polanski, l'actrice Sharon Tate, alors enceinte de 8 mois et ses amis qui se trouvaient là par hasard. 

    L'Amérique à la gueule de bois au sortir des années 60, elle déchante brutalement de l'idéal de la contre-culture hippies qui avait laisser espérer qu'il était possible de "vivre sans temps mort et de jouir sans entrave". Charles Manson est l'emblème de ce désenchantement. Leader d'une communauté hippies à Los Angeles, il a commis des crimes en série avec l'aide de ses affiliés. Le procès de la "Manson familly" est le plus long et le plus couteux de l'histoire judiciaire des Etats-unis.

    C'est à cet endroit que ce nouveau film de Tarantino propose le fantasme d'une "Manson familly" qui se trompant de maison serait tombée sur Brad Pitt et DiCaprio, qui avec force et décontraction, les aurait empêcher de nuire. Petite réjouissance cinématographique devant une tragédie sur laquelle personne ne peut revenir malheureusement.

    Par ailleurs, toute la construction du film pose en contraste la vie quotidienne de l'acteur (incarné par DiCaprio) VersuS la vie quotidienne des hippies de la "Manson familly": DiCaprio vit seul VS la vie en communauté, il travaille dur et se lève tôt VS la paresse jusqu'en milieu d'après-midi, il prend soin de lui et est élégant VS ils sont négligés, il respecte la hiérarchie de l'industrie du cinéma VS l'absence totale d'autorité ; mais surtout DiCaprio sait jouir de la parole (acte fondamental du jeu d'acteur autant qu'à Tarantino qui est un des meilleurs dialoguistes de l'histoire du cinéma!) alors que les hippies vivent dans un silence mortifère. Comme si jouir sans entrave empêchait l'homme de développer l'acuité du langage ? Comme si l'homme privé du plaisir de la parole - le hippie - ne pouvait prendre que l'imbécile trajet de la pulsion : certes d'abord joyeusement sexuelle (comme chez la sublime adolescente du film) mais qui ne pourra malheureusement pas empêcher ce moment de retour du refoulé, sous la forme de la pulsion criminelle  (comme le montre également très bien le film Spring Breaker d'Harmony Korine, sorti en 2012). 

    Pour conclure, il me semble évident que Tarantino plaide pour le monde traditionnel pour lequel il ressent une certaine nostalgie: celui qui valorisait le travail, la hiérarchie et l'éloquence. Il considère que c'est l'effort que tout homme et femme doit faire pour entretenir les civilisations humaines, ou autrement dit la culture. Or je me risque à dire que jamais l'Amérique (et l'Occident par conséquent) n'a été aussi inculte qu'aujourd'hui. Jamais les limites n'ont été aussi éclatées qu'aujourd'hui. Jamais dans l'histoire de l'humanité les autorités n'ont autant vacillé. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère où l'injonction à jouir est première (via l'incessant discours publicitaire). Cet état de faits n'est pas arrivé du jour en lendemain, mais provient de cette fissure qui apparait dès les années 60 sous la forme de l'idéologie hippie. Le marché est aussi une sorte de pousse au crime (au moins pour la planète) mais qui est soutenu par ces idiots de publicitaires et par la propagande marketing qui nous suggère l'idéal d'une vie vautrée dans la luxure. Le mouvement hippie selon Tarantino est un drame pour l'histoire de l'humanité. On n'est pas forcé d'être d'accord avec lui, mais c'est quand même une question sacrément troublante.

    Et pour ceux qui n'aime pas trop philosopher vous trouverez quand même du plaisir à aller voir ce film : Tarantino s'amuse à y mettre un tas de citations cinématographiques et à faire s'entremêler tous les genres : c'est un peu un polar, un peu un film d'horreur, un peu un "feel good movie", un peu un film de guerre, un peu une comédie, un peu un film d'art martiaux... il y a encore beaucoup de choses à dire sur ce film... Brad Pitt est très drôle... DiCaprio très touchant... je ne commenterai pas la provocation anti-féministe... Le bel hommage à Sharon Tate me semble lui faire honneur... je m'arrête là. Je voulais surtout défendre que ce type est un génie, que ce soit dans le fond ou dans la forme. Vivement son 10ème film !

     

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    Jeanne - Bruno Dumont (2019)

    Bruno Dumont est le cinéaste de gueules cassées, des gestes maladroits, des articulations hésitantes... bref des inadaptés. Et oui ça fait cinéma parce que ça permet de résister à la tyrannie de notre réalité contemporaine qui exige toujours plus de perfection, toujours plus de performances, toujours plus de pouvoir jusqu'à faire de nous des robots sans affects et sans âme.

    Cette "petite" plus value de 15% que les sociétés intégrées au marché doivent faire chaque année, sont aussi les 15% demandés comme efforts supplémentaires aux gens qui travaillent pour ces sociétés. Ce sont aussi les 15% de matériaux supplémentaires à extraire de la Terre... Plus 15% chaque année ça fait plus 150% tous les 10 ans, plus 300 % tous les 20 ans. Quel individu peut avoir l'endurance de se surpasser de cette manière pour tenir la durée ? Aucun. C'est pour cela que le marché essore les individus, épuise les plus sensibles et jète dehors ceux qui perdent le rythme, pour les remplacer par du sang neuf. Pour rester dans la course il faut jouer des coudes, prendre des drogues, où n'avoir plus aucun sentiment, plus aucune conscience ni politique ni éthique. En réalité ce sont les "justes" au sens de Camus qui sont les premiers exclus. En fait il faudrait être heureux de ne pas en être ; mais tout le discours alentours est culpabilisant : "tu n'es pas à la hauteur", "tu n'es pas assez rapide", "tu n'es pas assez beau", "tu n'es pas assez intelligent", "tu seras remplacé par un robot doué d'une intelligence artificielle supérieure à la tienne", etc. Alors le compte est bon pour ce pauvre homme contemporain qu'on regarde comme un être sans valeur et sans force.

    Alors Bruno Dumont débarque avec des films contre-performants, avec des acteurs bizarres qui improvisent, qui jouent mal et desquels se dégagent tant de vulnérabilité (ouf on respire enfin!). Avec des chevaux qui dansent, et des costumes qui n'ont aucune importance : juge, religieux ou chevalier l'homme ou la femme derrière le costume est toujours le même être existentiel : cet Homme définit par Pascal comme "GRAND parce qu'il sait qu'il est misérable". Le sujet filmé par Bruno Dumont c'est la grandeur infinie de l'humain, sans cesse surprenante, indépassable, qu'il ne faut pas oublier. Et qui ne prend sa source que dans cette conscience aiguë qu'il a de sa propre finitude. Ce qui le tord bizarrement souvent certes, mais c'est dans cette étrangeté qu'il y a de la poésie. Dans cette étrangeté qu'il y a de la joie à partager et plein de surprise. Dumont met en scène ces deux ressorts magiques qui permettent de durer dans la vie : la joie partagée et la poésie. Forces impossibles à quantifier, non mesurables, immatérielles et sans prix, qui échapperont donc toujours au marché !

     

     

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  • Parasite - Bong Joon Ho (2019)

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    Un grand film de cinéma ! Qui montre que tous les coréens sont en train de devenir les sacrifiés du capitalisme, comme les Apaches ont été les sacrifiés des Etats-Unis.

     

    Le pitch paraît assez banal a priori “Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park.Une confrontation de classes sociales. On se dit qu’on a déjà vu ça mille fois au cinéma, il qu'il n'y aura rien de très surprenant. Mais détrompez-vous, Bong Joon Ho a beaucoup d’imagination ! 

     

    Tout d’abord, il ne diabolise pas la famille richissime qui garde de réelles qualités, la mère est gentille avec tout le monde et très attentionnée envers ses domestiques, et le père aime vraiment son petit garçon perturbé pour qui il s'inquiète sincèrement. L’autre famille, ce sont vraiment “des salaud de pauvres” comme disait Jean Gabin dans La traversée de Paris (1956). C’est une bande de manipulateurs qui va tout faire pour infiltrer la somptueuse maison, qui a été conçue par un célèbre architecte, et qui est de toutes façons trop grande pour la famille Parc. Ici les riches n’ont rien fait de mal, ils sont travailleurs et honnêtes. Il semble mériter le haut standing de leur vie. Et les pauvres sont quand même de sacrés bâtards:  ils baratinent la tendre maîtresse de maison qui les accueille avec bienveillance, ils font virer sans pitié l’ancienne gouvernante qui était là depuis des années, ils sont totalement incompétents… Et pourtant le spectateur ne peut que prendre parti pour la famille pauvre, pourquoi ? 

     

    C’est là une belle démonstration de mise en scène au cinéma, car même si la morale est objectivement du côté des riches, le film reste du côté des pauvres. Parce que le regard subtil de Bong Joon Ho va souligner là où le bas blesse chez les Parc et ce qui renverse notre opinion du côté des Ki-taek. 

     

    Chez les Ki-taek il y a de la ruse, de l’invention. Et la manipulation c’est comme faire du cinéma ça nécessite d’avoir de l’imagination et de jouer avec les semblants qui circulent dans une société. Les manigances qu’ils fabriquent sont drôles parce qu’elles reposent sur ce qui fait signe dans la culture, mais aussi chez les bourgeois (en tant que classe qui se veut dominante): le savoir universitaire, la renommée artistique, la propreté, l’élégance, la peur des maladies, la co-optation. C’est parce que devenir riche c’est adopter une attitude stéréotypée qu’il est si facile de les manipuler finalement. La famille Parc est dupe de l’idéal capitaliste, c’est la dessus que repose sa supériorité matérielle autant que sa faiblesse. En dehors d’une certaine réalité ordonnée pour laquelle ils ont été conditionnés, les bourgeois sont incapables de se confronter à l’homme du peuple non éduqué (d'où l'obsession pour cette limite a ne pas dépasser). Surtout qu’il ne faut pas croire que l’homme non éduqué ne dispose d’autres formes de savoir : la manipulation est un savoir millénaire qui ne s’apprend pas l’école. Elle repose sur les signes inscrits dans la culture d’un peuple, sur un jeu de signifiants et c’est en cela que c’est profondément humain (autant que profondément cinématographique). Et c’est même par là que revient la noblesse d’une inscription dans la civilisation. C’est de cette manière que Bong Jong Ho fait basculer notre adhésion du côté de cette famille pauvre je crois. 

     

    A côté de cela, le capitalisme c’est l'anéantissement des civilisations humaines. Les richissimes Parc semblent avoir une vie morne, bornée, uniformisée. Dans cette maison chic, avec leur grosse berline, et leur manière d’être à la mode, ils pourraient être à New-York, ou à Paris ou à Hong-kong. Aucune particularité culturelle ne les distingue plus en tant que coréens (en dehors de la cuisine qui résiste). Les Parc sont aseptisés, ennuyeux, robotiques. Même quand elle fait l’amour, la femme demande à son mari de faire tourner son doigt “dans le sens des aiguille d’une montre”. Il y a dans cette famille riche quelque chose d’en dehors de toute culture parce que trop standardisée (seul le petit garçon, qu’on soupçonne avoir des troubles psychotiques, remet de la vitalité dans ce monde intérieur glacial). Le problème du capitalisme, ce n’est pas tant que ça empêche l’argent de circuler auprès de tous, mais que ça nous plonge dans un monde sans singularité, donc sans saveur. Le capitalisme, fondé sur le désir malsain de se vouloir supérieur à un autre, écrase l’héritage culturel des individus pour les faire rentrer dans un nouveau moule hyper-rationalisant qui méprise les traditions, le passé, et tout ce qui n’est pas monétisable. C’est l’angoisse du film qui se détend grâce aux adresses irrationnelles de la famille pauvre dans la première partie du récit, jusqu’à ce qu’elle-même ne s’égare à vouloir vivre comme les Parc. Alors c’est le drame pour tout le monde !

     

    Lors de l’anniversaire du petit Parc, le père déguisé en indiens demande au père Ki-taek de se déguiser en indien également. Nous voyons en gros plan ces deux hommes coréens qui ressemblent maintenant à des apaches. Riches ou pauvres, tous les coréens sont en train de devenir les sacrifiés du capitalisme, comme les indiens ont été les sacrifiés des Etats-unis. Bong Joon Ho insiste trop sur le visage en gros plan de Song Kang-Ho (acteur incontournable de la nouvelle vague du cinéma coréen) qui ressemble tant à un indien désemparé ici pour ne pas vouloir nous dire quelque chose. Finalement, le problème n’est pas tant la dichotomie pauvre/riche, que ce peuple coréen qui se laisse diviser par un système qui entraîne une terrible acculturation.

     

    Et le fils de Parc déguisé lui aussi en indien, et le fils de Ki-taek qui a la fin du film rêve de devenir richissime pour racheter la maison, nous plongent dans une perspective tragique d’une prochaine génération de coréens qui ne sauront pas remonter la pente. C'est aujourd'hui qu'il faut réagir ! C'est universel ! Ce qui vaut ici pour la Corée du sud, vaut pour tous les autres pays du monde....

     

     

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     BUÑUEL APRÈS L’ÂGE D’OR - Salvador Simó (2019)

    Magnifique film d'animation sur mon cinéaste préféré !! L'immense, l'indépassable Luis BUNUEL ! C'est émouvant de voir que je ne suis pas la seule a être fascinée par cet homme et par son cinéma. Enfin un portrait à la hauteur de son imaginaire, que peut-être seul le film d'animation peut toucher du doigt tant il est question d'un délire poétique entre une extrème sensibilité et une très grande puissance formelle.

    Cette histoire raconte comment il a réalisé un de ses 1er films : "Terre sans pain" en 1936. Aussi pour apprécier pleinement ce film d'animation je recommande chaudement de prendre 30 min avant pour regarder ce documentaire assez inoubliable en effet.

      

    Liens youtube  : films en entier

     

    Un chien Andalou (en entier, 1927) : 

    https://www.youtube.com/watch?v=_iLDtD-wr7Q

     

    L'âge d'or  (en entier, 1930) : 

    https://www.youtube.com/watch?v=RDbav8hcl5U

     

    Terre sans pain (en entier, 1933) : 

    https://www.youtube.com/watch?v=QvMxAbO2f9s

     

    Mon commentaire sur "Terre sans pain" 

    http://leilafaitsoncinema.eklablog.com/terre-sans-pain-luis-bunuel-1933-a165093842

     

     

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    Douleur et gloire - Pedro Almodovar (2019)Bonne surprise ! Je m'étais juré de ne plus aller voir de film d'Almodovar après La mauvaise éducation (2004) qui traitait du thème sensible de la pédophilie un peu trop à la louche, et surtout Les amants passagers (2013) qui prenait le public pour des idiots. Mais enfin, Almodovar cesse d'osciller entre pitreries et mélodrames faciles pour prendre au sérieux la question d'un artiste qui vieilli, d'autant plus qu'il s'agit d'exposer sa propre autobiographie.

    Palme d'Or bien méritée pour Antonio Banderas qui, départi de toute la séduction dont il capable semble accepter une image diminuée de lui-même sans lutter. Il joue alors le rôle de Pedro Almodovar avec beaucoup de calme et de sagesse, tout en montrant qu'il est lui-même concerné de près par le thème du film.

    Dommage que Pedro n'ait jamais eu de Palme d'Or. Il est sans doute un des cinéastes les plus importants de ces 50 dernières années, parce qu'il a traité la question l'identité sexuelle avant tout le monde. Parce qu'il a porté un regard différent sur ceux qui étaient marginalisés à cause de leur choix sexuels alternatifs. Il les a regarder avec tendresse, il les a rendu  beaux et a participé ainsi à faire évoluer les mentalités et l'ordre sociétal dans lequel nous sommes aujourd'hui.

    Pour ce qui est de cette autobiographie filmique, c'est un exercice difficile tant il n'est pas évident de trouver la juste distance quand on parle de soi. Surtout pour un artiste, il y a tant de pièges à éviter : l'enflure narcissique, s'apitoyer sur son sort, se flatter autant que s'auto-flageller serait gênant. Alors Almodovar choisit de se raconter au travers des amours entremêlés des angoisses qui ont jalonnées sa vie. C'est ainsi que l'artiste hors-norme revient parmi le commun des mortels: comme beaucoup d'entre nous il est très nostalgique de son enfance, il adore sa mère, il n'a vécu qu'un seul grand amour réciproque, il traverse de longue période de solitude et lutte contre des obsessions liés au corps. 

    Alors la seule différence entre l'homme commun et l'artiste se joue à cet endroit de l'écriture, et du besoin de restituer les émotions singulières qui le traverse. Avec cette nécessité d'assumer la subjectivité d'un sentiment quand bien même il serait à l'opposé des conventions. Car Almodovar est un anti conformiste depuis l'enfance, et encore dans ce film qu'il fait à 70 ans. C'est moins trash que ses grands films des années 80, mais la singularité est encore là dans l'image : quand un enfant apprend à lire à un homme adulte, quand deux vieux monsieurs s'embrassent avec respect et passion, quand les radiographies techniques du corps ne peuvent rien en dire de ce qu'est la vie.

    Et pour parler de ce qu'il y a chez lui de plus prégnant, à savoir un certain goût pour le mélodrame, il choisi une sacrée mise en abime pour l'illustrer. Asier Etxeandia joue au théâtre le texte écrit par Antonio Banderas qui joue Pedro Almodovar au cinéma. Alors, l'auto biographie aura son moment de pathos au premier degré mais avec le recul de la mise en scène pour dire tout le recul qu'Almodovar a sur ce rapport émotionnel direct qu'il aimait tant avoir avec ses spectateurs. Le film Douleur et gloire  semble dire qu'il doit savoir résister à la faciliter du mélo pour être plus proche de l'intelligence du spectateur. Comme le dit une réplique du film "un bon acteur c'est celui qui sait retenir ses larmes, et non pas celui qui sait pleurer" ! Car la beauté de l'homme a aussi à voir avec tous les efforts dont il est capable pour rester digne... malgré tout. Ce film est un auto-portrait d'Almodovar parfois pathétique certes mais finalement toujours soucieux de préserver sa dignité. Et qu'on soit un artiste reconnu ou non c'est cela qui fait un grand homme.

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