• Jeanne - Bruno Dumont (2019)

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    Jeanne - Bruno Dumont (2019)

    Bruno Dumont est le cinéaste de gueules cassées, des gestes maladroits, des articulations hésitantes... bref des inadaptés. Et oui ça fait cinéma parce que ça permet de résister à la tyrannie de notre réalité contemporaine qui exige toujours plus de perfection, toujours plus de performances, toujours plus de pouvoir jusqu'à faire de nous des robots sans affects et sans âme.

    Cette "petite" plus value de 15% que les sociétés intégrées au marché doivent faire chaque année, sont aussi les 15% demandés comme efforts supplémentaires aux gens qui travaillent pour ces sociétés. Ce sont aussi les 15% de matériaux supplémentaires à extraire de la Terre... Plus 15% chaque année ça fait plus 150% tous les 10 ans, plus 300 % tous les 20 ans. Quel individu peut avoir l'endurance de se surpasser de cette manière pour tenir la durée ? Aucun. C'est pour cela que le marché essore les individus, épuise les plus sensibles et jète dehors ceux qui perdent le rythme, pour les remplacer par du sang neuf. Pour rester dans la course il faut jouer des coudes, prendre des drogues, où n'avoir plus aucun sentiment, plus aucune conscience ni politique ni éthique. En réalité ce sont les "justes" au sens de Camus qui sont les premiers exclus. En fait il faudrait être heureux de ne pas en être ; mais tout le discours alentours est culpabilisant : "tu n'es pas à la hauteur", "tu n'es pas assez rapide", "tu n'es pas assez beau", "tu n'es pas assez intelligent", "tu seras remplacé par un robot doué d'une intelligence artificielle supérieure à la tienne", etc. Alors le compte est bon pour ce pauvre homme contemporain qu'on regarde comme un être sans valeur et sans force.

    Alors Bruno Dumont débarque avec des films contre-performants, avec des acteurs bizarres qui improvisent, qui jouent mal et desquels se dégagent tant de vulnérabilité (ouf on respire enfin!). Avec des chevaux qui dansent, et des costumes qui n'ont aucune importance : juge, religieux ou chevalier l'homme ou la femme derrière le costume est toujours le même être existentiel : cet Homme définit par Pascal comme "GRAND parce qu'il sait qu'il est misérable". Le sujet filmé par Bruno Dumont c'est la grandeur infinie de l'humain, sans cesse surprenante, indépassable, qu'il ne faut pas oublier. Et qui ne prend sa source que dans cette conscience aiguë qu'il a de sa propre finitude. Ce qui le tord bizarrement souvent certes, mais c'est dans cette étrangeté qu'il y a de la poésie. Dans cette étrangeté qu'il y a de la joie à partager et plein de surprise. Dumont met en scène ces deux ressorts magiques qui permettent de durer dans la vie : la joie partagée et la poésie. Forces impossibles à quantifier, non mesurables, immatérielles et sans prix, qui échapperont donc toujours au marché !

     

     

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