• Les Misérables - Ladj Ly (2019)

    J'AIME PAS

    Les Misérables - Ladj Ly (2019)

    Je ne comprends pas l'engouement généralisé pour ce film et surtout je sens une telle injonction à devoir en dire du bien :

    - si on est de gauche ;

    - si on est du côté des jeunes défavorisés ;

    - et si on est pour une meilleure représentation des minorités ethniques dans le cinéma français.

    Pour ce qui est de mes convictions politiques, je réponds à ces trois critères. Mais si on parle de cinéma, je n'aime pas du tout ce film ! 

    Tout d'abord j'ai le sentiment que la bonne idée du film c'est sa fin : une bande de jeunes de cité qui acculent des agents de police dans les escaliers d'une tour HLM. Tout cela mis en scène, façon prises de vue amateur, laissant ressentir au spectateur un véritable état de guerre. Je l'admets ce moment est spectaculaire !! Mais il me semble redondant avec le clip fait pour le groupe électro-rock parisien Justice, réalisé par Romain Gavras (cofondateur avec Kim Chapiron du collectif Kourtrajmé auquel appartient aussi Ladj Ly). Ce clip, réalisé il y a 12 ans, mettait déjà en scène des banlieusards qui saccagent tout sur leur passage avec brutalité. Le clip avait fait polémique, le journal Le Monde avait parlé "d'un coup médiatique qui agite les médias" (1) et certains s'interrogeaient sur la complaisance de la réalisation. Certes dans le clip de Justice, la violence qui circule semble être gratuite et aléatoire quand dans le film Les Misérables, la violence finale aurait pour justification les bavures policières originelles ou les injustes conditions de vie des prolétaires. Mwai... je ne suis pas convaincue...  en terme de réalisation, complaisance il continue d'y avoir.

    Clip Justice - Stress (Official Video) réalisé par Romain Gavras : https://www.youtube.com/watch?v=QWaWsgBbFsA

    Après, vous me direz que Romain Gavras c'est différent de Ladj Ly. C'est pas parce qu'ils appartiennent au même collectif Kourtrajmé que les films des uns engagent les autres. En théorie, oui. Mais c'est ne pas connaitre les court-métrages réalisés par ce collectif : ça fait quand même plus de vingt ans que les gars font des mauvais films sur des banlieusards hyper violents. Mauvais films, parce que ce sont des fantasmes de petits bourgeois parisiens qui se rêvent en cailleras de cité sans en connaitre la réalité quotidienne. 

    Regardez ce "chef-d'oeuvre" (ironie) de Kim Chapiron, signé par le Collectif Kourtrajmé :

    https://www.youtube.com/watch?v=j7ptdW8r_L0

    Pour dire que ce collectif Kourtrajmé n'en finit pas de nous servir du jeunes de banlieues ultra violents depuis des années, fascinés qu'ils sont par cet eldorado de cruauté qu'est dans leur rêve la banlieue populaire. D'ailleurs, le dernier film de Romain Gavras, Le monde est à toi,  est inspiré d'un morceau de rap de PNL (dixit Gavras lui-même). Et Ladj Ly récupère deux acteurs des clips de PNL pour son film Les Misérables. Forcément les deux frères du célèbre groupe de rap PNL sont des gars de banlieues authentiques, vraiment "street" eux, que Kourtrajmé aimeraient bien récupérer.  

    Sauf que n'importe lequel des clips de PNL fait bien plus cinéma que ce que produit Kourtrajmé. C'est la différence entre le vécu et le fantasme ! Ici dans Onizuka, les mêmes acteurs "castés" pour le film Les Misérables

    PNL - Onizuka (Clip Officiel) :  https://www.youtube.com/watch?v=YdjO4EpEzZw

    Pour revenir au film de Ladj ly, je disais donc que la bonne idée ou plutôt l'idée spectaculaire qui fait son effet, c'est cette fin ultra violente. Sauf que pour en arriver là, on doit se taper 1h30 de téléfilm avant. Il n'y a aucune cohérence entre l'esthétique de la fin et tout le reste du film : comme s'il y avait deux réalisateurs différents. J'ai l'impression qu'il a été question de reconstruire tout un film juste pour pouvoir jouir de ce final. 

    Les champs, contre-champs dans la voiture de police avec les répliques racistes sonnent mal. Pour le quota, il y a quelques femmes au début du film puis pouf... pouf... les femmes disparaissent du récit ! (Comme dans tous les films de Kourtrajmés de toutes façons : les femmes d'existent pas !). Cette ville de banlieue a un équilibre fragile qui est la résultante de quatre forces politiques masculines en présence : l'institution municipale (ici en l'occurence dirigée par un maire noir), la police capable de bavures (ici en l'occurence c'est le flic noir qui passe à l'acte), les jeunes de cité (ici en l'occurence c'est l'enfant noir qui est victime de bavure policière), et enfin les musulmans qui sont montrés tels des grands-frères plein de sagesse (ici en l'occurence dirigé par un leader noir). Mettre en scène c'est faire des choix. Je m'interroge sur ce choix qui consiste a incarner tous les protagonistes principaux du film par des hommes noirs ? Le leader des musulmans n'aurait-il pas pu être un arabe ou un indien ? Le maire de la ville n'aurait-il pas pu être une femme ou un homme blanc ? Clichy-sous-bois est une ville multiculturelle en France, que veut nous dire Ladj Ly par cette confrontation exclusive entre hommes noirs ? Qui donne au film une esthétique tribale. Ma question est sincère, je ne comprends pas ce choix anti-réaliste... Et si ce film est une dénonciation des contrôles au faciès qui dégénèrent en crimes trop souvent en France, quelle mauvaise idée d'avoir fait défigurer un enfant noir par la main d'un policier noir ! Dans Mississippi Burning d'Alan Parker (1988) le crime raciste est fait par des hommes blancs, la statistiques de la triste conjoncture politiques des Etats-unis est respectée et assumée. C'est plus crédible.

    C'est comme les mauvais films sur la guerre d'Algérie, quand on nous montrent des français cruels mais aussi des algériens cruels. Alors on sort du film en se disant que tout le monde peut être cruel. Sorte de relativisme mou qui interdit de discuter où se situe la responsabilité politique. En l'occurence, historiquement, pendant la guerre d'Algérie, les crimes de guerre sont du côté des français : industrialisation des massacres et utilisation du Napalm décidés au niveau de l'Etat. Point.

    Dans le film Les Misérables, les flics sont montrés comme un contre-pouvoir parmi d'autres dans la cité, comme s'ils ne relevaient pas d'une institution nationale. Ils insultent et brutalisent les jeunes, mais ensuite le film humanisent les policiers quand les pauvres loulous rentrent fatigués le soir auprès de leur famille. J'ai failli pleuré à ce moment là (ironie!). Donc voilà l'autre super idée du film :  "nous sommes tous des misérables" semble nous dire Ladj Ly. Donc c'est la faute de tout le monde et de personne en même temps (Macron style). Donc pas de responsabilité politique. Non, juste des concours de circonstance entre pauvres mecs qui s'occupent comme ils peuvent dans une petite ville qui n'intéresse personne...

    Si ce film était un temps soit peu subversif ou inquiétant pour l'organisation de la répression policière en France, croyez-vous que Macron aurait déclaré partout dans la presse qu'il a été "boulversé" par ce film, et demande au gouvernement d'"améliorer les conditions de vie en banlieue" ? lol (2) En tout cas, ça à donner envie à plein de français d'aller voir le film en salle. Beau succès ! Et bravo pour le Césars du meilleur film ! 

    Pourtant je connais d'excellents films de banlieues, réalisés après les années 2000, par des cinéastes qui en ont un vécu de l'intérieur.  Ils ont eu moins de succès malheureusement :

    - Wesh Wesh Qu'est-ce qui se passe ?  de Rabah Ameur Zaïmeche (2002)

    - African Ganster de Jean-Pascal Zadi (2010)

    - Donoma de Djinn Carrenard (2011)

    - Rengaine de Rachid Djaïdani (2012)

    Autour de moi, chez les jeunes adultes parisiens ambitieux, je n'entends que du bien de ce film Les Misérables. Tout le monde adoooore ! Et la citation de Victor Hugo à la fin est si touchaaaante !! Mais ce qui m'intéresse, finalement, c'est l'avis des jeunes de banlieue défavorisés qui ont vu le film. Au sortir de ma projo., j'écoutais une jeune adolescente noire qui comme moi n'a pas été sensible à cette fiction et qui à merveilleusement résumé mon sentiment en disant :

    "MOI, JE NE SUIS PAS UNE MISERABLE !".

     Merci, mademoiselle.

     

    Commentaire sous forme de podcast vidéo ici :

    https://youtu.be/Us50Qsjh4Po 

     

     

     

    Références bibliographiques :

     (1) Un clip provocateur de Justice fait débat, - Le Monde, mai 2008

    https://www.lemonde.fr/culture/article/2008/05/10/un-clip-provocateur-de-justice-fait-debat_1043374_3246.html 

    (2) Emmanuel Macron se décide à agir après avoir vu “Les Misérables” : les internautes ironisent - Les Inrocks, nov. 2019 

    https://www.lesinrocks.com/2019/11/18/actualite/politique/emmanuel-macron-se-decide-a-agir-apres-avoir-vu-les-miserables-les-internautes-ironisent/

     

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  • Commentaires

    1
    Abbey
    Mercredi 8 Juillet à 20:59

    et il y aura des enfants qui se soucient des sports extrêmes. mais regardez des films https://filmcomplet.tube/ sur la vraie vie, la bonne vie et l'amour

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