• Ma vie avec John F. Donovan - Xavier Dolan (2019)

    Ma vie avec John F. Donovan - Xavier Dolan (2019)J'AIME BIEN

    Avec Xavier Dolan on sait d'avance qu'on va passer un moment chargé émotionnellement, intelligent et stylé... promesse tenue, et pourtant... il manque quelque chose. Peut-être de la profondeur, celle qui ne prend sa place au cinéma qu'à condition d'accepter que l'humain ce n'est pas si simple. Dolan est un mec bien, du bon côté de la force. Il prêche pour la tolérance, la diversité éthiques, le respect de la souffrance humaine d'où qu'elle vienne (des riches ou des pauvres, des jeunes ou des vieux), la liberté d'aimer à sa manière, la considération pour le discours des enfants, la stylisation kitch du way of life prolétaire... Tout cela avec la sincérité de traiter des "problèmes de riches" qui le concerne personnellement, comme ici être célèbre trop tôt. Et pourquoi pas.

    Mais voilà, dès qu'il s'agit d'entrer dans le dur du sujet, ce jeune cinéaste surdoué me parait prendre la poudre d'escampette. Dans son film précédent Juste la fin du monde (le seul film de sa filmographie que je n'aime pas du tout), l'angoisse du personnage principal qui va mourrir du sida est illisible, trop intériorisée par l'acteur pour faire cinéma. Comme le dit Godard "la forme c'est le fond" et sans doute que pour s'attaquer à l'impossible a représenter que constitue la conscience de sa propre mort prochaine, il faut trouver une forme philosophique plus singulière avant de montrer la soeur adolescente super cool qui passe à côté de la révélation de son frère pourtant tellement beau.... Waouou.

    Dans Ma vie avec John F. Donovan, c'est une peu pareil, Dolan s'attaque à un problème important : qu'est-ce qu'être soi ? Avec l'idée que ce n'est pas la célébrité qui permet d'être en accord avec soi-même mais bien les relations qu'on créer autour de soi sur la durée. Merci pour le soutien au développement personnel, mais si la perte d'identité de John l'amène à l'overdose, voir au suicide, rien dans le film ne tente d'approcher le réel de cette descente au enfer. Certes quand John pète les plombs il devient très très violent mais quand même il reste toujours tellement cool, tellement beau goss. Aucun sentiment d'étrangeté, aucune angoisse du vide, aucun vertige de la solitude n'est transmis au spectateur. Toute la réalité est ici trop tenue, trop prévisible, trop stable. L'amant qui n'attend plus sa vedette, la mère alcoolique qui dévalorise son fils, le frère un peu jaloux, tout cela est un peu trop convenu, trop propre sur soi. On est loin des grands films sur la célébrité qui détruit l'identité individuelle que sont Persona de Bergman, ou Mullhulland Drive de Lynch dans lesquels la réalité se déforme pour laisser transparaitre l'abysse effrayant d'un être humain englué dans lui-même sans issue. C'est douloureux à ressentir mais c'est initiatique. Dans le film de Dolan, on sent que ce jeune homme célèbre se retrouve sans soutien, mais je crois qu'on ne comprends pas pourquoi sa place ne reste pas enviable. Sans être célèbres ni riches, nous sommes tellement nombreux a traverser de grand moment de solitude dans nos vies. Ce n'est pas la fin du monde. La fin du monde c'est de ne plus trouver de direction vers laquelle se risquer, parce qu'un grand flou intérieur rend tout indifférent. Si c'est le cas de John Donovan, encore une fois ça ne se ressent pas dans ce film.

    Pourtant, j'aimerais dire à Dolan du haut de mon petit blog lu par 10 personnes par mois, qu'il ne me semble jamais très loin du chef d'oeuvre tant il y a dans son cinéma quelque chose en phase avec l'air du temps. J'aurais tellement aimé qu'il creuse ce que c'est que cette hystérie admirative pour les Star ? qu'est-ce que c'est que cette ridicule soumission qu'on certaine personnes dès qu'elles sont devant des individus reconnus publiquement ? qu'est-ce que c'est que ce désir qu'à un acteur de mettre son image au service du désir de fiction d'un autre ? qu'est-ce que cette époque où tout le monde veut se donner à voir avant de savoir où est l'être ? J'ai passé un bon moment car il y a un certain confort à se laisser prendre dans une émotivité de surface, si stylisée, mais si loin de la tragédie humaine dont il est question.

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