• Opening night - John Cassavetes (1977)

    Opening night - John Cassavetes (1977)

     

      J'ADORE

     

    Cassevetes nous raconte l'histoire de cette actrice qui n'arrive pas à trouver du sens au texte qu'elle prononce tous les soirs au théâtre. Une pièce dans laquelle elle est la tête d'affiche et qui est très attendue par le tout New-York. Doit-elle suivre le chemin balisé du succès, et répondre aux attentes de l'auteure, du producteur et du public sans se plaindre de l'absurdité qu'elle ressent à jouer ce personnage de femme l'agonie ? Où peut-elle créer une ouverture contre le système qui l'encercle, et qui la contraint à se comporter comme il se doit ?

     

     Dans ce film, Cassavetes met en scène une confusion évidente entre la vie et la scène. Myrthe vit dans un loft immense qui ressemble à la scène du théâtre sur laquelle elle joue le soir. Elle embrasse tous les hommes du projet sur a bouche, comme si ça n'avait pas d'importance comme au cinéma, alors qu'elle a réellement toujours besoin de manifester de l'amour au peu de personnes qui l'entourent. Et sur scène lors des répétitions - ce que Cassavetes arrive a créer de génial - c'est quand on ne sait plus si les réactions de Myrthe sont prévues dans la mise en scène ou non. Après avoir reçu une gifle de la part de l'autre acteur de la pièce,  Myrthe s'effondre au sol en poussant des cris hystériques, et nous spectateurs ne savons plus si elle joue la comédie ou si elle pleure vraiment. Même si, finalement ce serait trop surjoué en réponse à une simple gifle, alors nous comprenons que Myrthe est véritablement en crise sur scène. 

    Opening night - John Cassavetes (1977)

    Le film commence part la mort d'une groupie de 17 ans qui était venue embrasser Myrthe à la sortie du théâtre, et qui se fait renversée par une voiture dans sa précipitation. Cette jeune femme va venir hanter Myrthe, au début avec la tendresse d'une amie pour finir par devenir comme un surmoi féroce qui pousse Myrthe à l'autodestruction. Mais ce qui tue Myrthe (comme nous tous dans la vie) c'est de se laisser enfermer dans un rôle sans jamais avoir son mot à dire. Plus elle va lutter contre cette figure morbide du fantôme de la jeune fille qui ravage ses nuits, plus elle va improviser ses propres dialogues sur scène au théâtre. C'est là sa résistance contre la mort. Contre l'avis des producteurs, contre la volonté de l'auteure du texte, contre son compagnon de jeu, contre sa peur d'échouer face au public, Myrthe va avec brio redonner vie à son rôle. C'est dans l'improvisation réelle - qui se produit dans le film aussi entre Gina Rollands et John Cassavetes - au risque de déplaire, que les acteurs sur la corde, au bord du gouffre du ridicule ou du silence, peuvent remettre de la tension et de la vitalité dans leur jeu. Alors la vie revient sur scène, et l'art peut sortir de l'imposture dans lequel il s'enferme quand il croit devoir tout contrôler. Car par delà le bien et le mal, par delà le beau et le laid, ce qui nourrit la vie c'est de continuer de voir l'élan spontané des hommes irradier une force contre tous les promoteurs d'automates. 

    Comme dans tous les films de Cassavetes, il y a quelque chose d'initiatique, une sorte de message: Il est possible de ne jamais vieillir à condition de ne pas se laisser enfermer dans le rôle que l'on croit devoir jouer. Quelque soit notre personnage social qui se décline au quotidien : chanteur, ingénieur, pompier, mère de famille... attention à ce que les paroles qu'on prononce ne soient pas écrites d'avance. Mettez vos propres mots, vos propres émotions, vos propres sentiments dans tout ce que vous faites, sans quoi il n'est pas possible de se sentir être au monde. Mettez de la subjectivité, du goût, du plaisir singulier même là où le système semble plus puissant que vous. Et à quoi reconnait-on qu'on est enfin libéré du rôle prédéterminé et cloisonnant qui nous tue à petit feu? Quand les autres nous renvoie qu'on les déçoit, quand on ne répond plus à leur attente, alors enfin ça veut dire qu'on est libre ! Et étonnament, comme Gina Rollands dans ce film, c'est quand on ne quémande plus la reconnaissance, qu'on devient vraiment sublime. Elle finit illuminée d'une splendeur qui n'a pas d'âge ni de prix, comme le montre ce dernier plan du film où le rouge de sa robe aussi flamboyant que son humour fait oublier la photo de la vielle femme ridée en gros plan sur le mur.

    Opening night - John Cassavetes (1977)

     

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