• Parasite - Bong Joon Ho (2019)

    Parasite - Bong Joon Ho (2019)

    J'ADORE

     

    Un grand film de cinéma ! Qui montre que tous les coréens sont en train de devenir les sacrifiés du capitalisme, comme les Apaches ont été les sacrifiés des Etats-Unis.

     

    Le pitch paraît assez banal a priori “Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park.Une confrontation de classes sociales. On se dit qu’on a déjà vu ça mille fois au cinéma, il qu'il n'y aura rien de très surprenant. Mais détrompez-vous, Bong Joon Ho a beaucoup d’imagination ! 

     

    Tout d’abord, il ne diabolise pas la famille richissime qui garde de réelles qualités, la mère est gentille avec tout le monde et très attentionnée envers ses domestiques, et le père aime vraiment son petit garçon perturbé pour qui il s'inquiète sincèrement. L’autre famille, ce sont vraiment “des salaud de pauvres” comme disait Jean Gabin dans La traversée de Paris (1956). C’est une bande de manipulateurs qui va tout faire pour infiltrer la somptueuse maison, qui a été conçue par un célèbre architecte, et qui est de toutes façons trop grande pour la famille Parc. Ici les riches n’ont rien fait de mal, ils sont travailleurs et honnêtes. Il semble mériter le haut standing de leur vie. Et les pauvres sont quand même de sacrés bâtards:  ils baratinent la tendre maîtresse de maison qui les accueille avec bienveillance, ils font virer sans pitié l’ancienne gouvernante qui était là depuis des années, ils sont totalement incompétents… Et pourtant le spectateur ne peut que prendre parti pour la famille pauvre, pourquoi ? 

     

    C’est là une belle démonstration de mise en scène au cinéma, car même si la morale est objectivement du côté des riches, le film reste du côté des pauvres. Parce que le regard subtil de Bong Joon Ho va souligner là où le bas blesse chez les Parc et ce qui renverse notre opinion du côté des Ki-taek. 

     

    Chez les Ki-taek il y a de la ruse, de l’invention. Et la manipulation c’est comme faire du cinéma ça nécessite d’avoir de l’imagination et de jouer avec les semblants qui circulent dans une société. Les manigances qu’ils fabriquent sont drôles parce qu’elles reposent sur ce qui fait signe dans la culture, mais aussi chez les bourgeois (en tant que classe qui se veut dominante): le savoir universitaire, la renommée artistique, la propreté, l’élégance, la peur des maladies, la co-optation. C’est parce que devenir riche c’est adopter une attitude stéréotypée qu’il est si facile de les manipuler finalement. La famille Parc est dupe de l’idéal capitaliste, c’est la dessus que repose sa supériorité matérielle autant que sa faiblesse. En dehors d’une certaine réalité ordonnée pour laquelle ils ont été conditionnés, les bourgeois sont incapables de se confronter à l’homme du peuple non éduqué (d'où l'obsession pour cette limite a ne pas dépasser). Surtout qu’il ne faut pas croire que l’homme non éduqué ne dispose d’autres formes de savoir : la manipulation est un savoir millénaire qui ne s’apprend pas l’école. Elle repose sur les signes inscrits dans la culture d’un peuple, sur un jeu de signifiants et c’est en cela que c’est profondément humain (autant que profondément cinématographique). Et c’est même par là que revient la noblesse d’une inscription dans la civilisation. C’est de cette manière que Bong Jong Ho fait basculer notre adhésion du côté de cette famille pauvre je crois. 

     

    A côté de cela, le capitalisme c’est l'anéantissement des civilisations humaines. Les richissimes Parc semblent avoir une vie morne, bornée, uniformisée. Dans cette maison chic, avec leur grosse berline, et leur manière d’être à la mode, ils pourraient être à New-York, ou à Paris ou à Hong-kong. Aucune particularité culturelle ne les distingue plus en tant que coréens (en dehors de la cuisine qui résiste). Les Parc sont aseptisés, ennuyeux, robotiques. Même quand elle fait l’amour, la femme demande à son mari de faire tourner son doigt “dans le sens des aiguille d’une montre”. Il y a dans cette famille riche quelque chose d’en dehors de toute culture parce que trop standardisée (seul le petit garçon, qu’on soupçonne avoir des troubles psychotiques, remet de la vitalité dans ce monde intérieur glacial). Le problème du capitalisme, ce n’est pas tant que ça empêche l’argent de circuler auprès de tous, mais que ça nous plonge dans un monde sans singularité, donc sans saveur. Le capitalisme, fondé sur le désir malsain de se vouloir supérieur à un autre, écrase l’héritage culturel des individus pour les faire rentrer dans un nouveau moule hyper-rationalisant qui méprise les traditions, le passé, et tout ce qui n’est pas monétisable. C’est l’angoisse du film qui se détend grâce aux adresses irrationnelles de la famille pauvre dans la première partie du récit, jusqu’à ce qu’elle-même ne s’égare à vouloir vivre comme les Parc. Alors c’est le drame pour tout le monde !

     

    Lors de l’anniversaire du petit Parc, le père déguisé en indiens demande au père Ki-taek de se déguiser en indien également. Nous voyons en gros plan ces deux hommes coréens qui ressemblent maintenant à des apaches. Riches ou pauvres, tous les coréens sont en train de devenir les sacrifiés du capitalisme, comme les indiens ont été les sacrifiés des Etats-unis. Bong Joon Ho insiste trop sur le visage en gros plan de Song Kang-Ho (acteur incontournable de la nouvelle vague du cinéma coréen) qui ressemble tant à un indien désemparé ici pour ne pas vouloir nous dire quelque chose. Finalement, le problème n’est pas tant la dichotomie pauvre/riche, que ce peuple coréen qui se laisse diviser par un système qui entraîne une terrible acculturation.

     

    Et le fils de Parc déguisé lui aussi en indien, et le fils de Ki-taek qui a la fin du film rêve de devenir richissime pour racheter la maison, nous plongent dans une perspective tragique d’une prochaine génération de coréens qui ne sauront pas remonter la pente. C'est aujourd'hui qu'il faut réagir ! C'est universel ! Ce qui vaut ici pour la Corée du sud, vaut pour tous les autres pays du monde....

     

     

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