• The square - Ruben Östlund (2017)

    The square...J'AIME BIEN

    Dès l'incipit du film, Ruben Östlund remet en question l'idée que le musée serait le lieu qui désigne ce qui fait art. Christian, le conservateur du musée dit à la journaliste que si elle posait son sac dans un coin du musée alors ça deviendrai une oeuvre. Puis le montage enchaîne sur des ouvriers qui travaillent minutieusement le pavé pour la prochaine installation en extérieure. Une remise en perspective de l'art contemporain face à l'homme dans sa vie quotidienne. 

    L'art sera toujours en deçà du niveau de complexité et du mystère de l'homme. Il suffit de mettre en scène un homme atteint du syndrome de Tourette en pleine conférence sur l'art contemporain pour s'en convaincre : très étrange maladie d'une rare cruauté qui oblige celui qui en est atteint à crier des mots vulgaires en public : c'est une sacré performance ! 

    Quand Christian rentre chez lui dans son bel appart bien rangé, avec des tableaux géométriques au mur. Le tableau devient flou à l'arrivée de ses deux petites filles qui se chamaillent violemment  en rentrant de l'école. Comme pour dire qu'il y une évolution des formes de l'art mais pas tellement d'évolution de l'homme qui grandi toujours de la même manière : dans une grande énergie qui inclue de l'agressivité. 

     

    The square - Ruben Östlund (2017)

      

    S'il est difficile d'évaluer l'art de son époque et de distinguer ce qui a de la valeur de ce qui n'en a pas ; par contre on peut désigner ce qui ne fera jamais art : la publicité ! Les deux idiots experts en marketing qui mettent en place l'idée d'une enfant blonde qui se fait exploser dans le carré "the square" n'ont pas d'autres ambitions que de faire le buzz sur youtube. Les formes destinées sans scrupule à séduire les foules, proviennent d'individus obsédée par l'audience, sans point de vue personnel, sans propos à défendre, sans intérêt.

    The square - Ruben Östlund (2017)

     

    Ostlund signe une scène incroyable avec la performance de l'homme sauvage en plein diner mondain (affiche du film). Il s'agit d'une performance artistique destinée à surprendre dans sa capacité à transgresser les limites (comme le recherche l'art contemporain aujourd'hui) mais finalement où se trouve la limite? Tant que l'homme singe saute sur les tables en grognant, ça passe. La petite frayeur qu'il procure aux invités sur son passage fait sensation, et l'admiration est encore dans le regard de l'homme civilisé : femmes superbement coiffées et hommes vêtus de costumes parfaits. Pourtant dès que l'artiste fait preuve d'une véritable violence envers les autres, et manifeste son désir sexuel pour une femme, alors rien ne va plus. La terreur immobilise la foule puis la pousse au lynchage de l'homme singe.

    Cette performance de Terry Notary qui aurait toute sa valeur dans le cadre de l'art vivant aujourd'hui ne peut dépasser une limite qu'au cinéma (tirer une femme du public à terre par les cheveux). Le cinéma devient prolongement et valorisation d'une oeuvre contemporaine. C'est pourquoi on ne peut pas penser que Ostlund méprise l'art contemporain. Non, il l’interroge.

    Il l'interroge en montrant ce qu'il peut y avoir de sclérosé dans le microcosme d'un musée qui devient un espace figé et mondain où l'on s'ennuie. Et séparer des populations modestes qui sont isolés dans des cités HLM éloignées du centre ville. Le conservateur du musée finit par se confronter à eux en face à face pour s'excuser de les avoir manipulé pour récupérer son portable volé. Enfin il a le courage de confronter l'autre et de sortir de son petit monde protégé.

    L'art n'aura jamais pour source que la vie. Elle tente d'en dire quelque chose là où le langage échoue à le faire. L'art ne peut pas tourner en rond sur lui-même sans se dessécher. L'artiste c'est celui qui se confronte au vivant avec le risque de subir personnellement ce dont l'animal humain est capable. 

     

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