• Foutage de gueule. Dès la première scène quand on nous montre un astronaute mort ligoté dans ses cables, tenant subrepticement la photo de sa femme, ses enfants et son chien souriants devant leur belle maison. Là je me sens insultée dans mon intelligence de spectateur du fait qu'il n'est pas possible d'être ému à ce moment là. Le temps de l'information ce n'est pas le temps de l'émotion, et c'est justement ça le cinéma (contrairement au chaine d'info en continu) faire émotion avec des images parce qu'on prend le temps du développement long et nuancé. J'ai donc proposé à mon ami de quitter la salle parce qu'il y a avait mille fois mieux à faire dehors, il était heureux que je le lui propose au vu du ridicule des dialogue et de ce personnage du chien de Sandra Bullock !

     


    votre commentaire
  • à faire


    votre commentaire
  •  Dans les ghettos de Caracas au Vénezuela, un jeune garçon         sensible    rêve d'avoir les cheveux lisses comme un chanteur à la mode. Quand sa mère essaye d'élever seule ses deux enfants tout en essayant de faire face à un quotidien désenchanté (pauvreté, corruption, harcèlement sexuel..).

    La délicatesse de son fils, doublé de son identité métisse lui font craindre des difficultés d'adaptation dans une société raciste et violente. Sa tentative à elle d'être aussi dur qu'un homme pour survivre est aussi laborieuse que l'innocent désir du garçon de raidir ses cheveux crépus.

     

    J'ai eu l'honneur d'être invitée à la web émission Screener pour faire la chronique de se film. Alors je vous laisse l'écouter.

    https://soundcloud.com/screener-espace-albatros/screener-emission-du-16-04-2014

    Lila

     

    Fiche :

    Date de sortie 2 avril 2014 (1h33min
    Réalisé par Mariana Rondón
    Avec Samantha CastilloSamuel Lange ZambranoBeto Benites plus
    Genre Drame
    Nationalité Vénézuélien

     


    votre commentaire
  •  

    touch-of-sin.jpgUne fresque sombre malgré quelques touches de lumière, qui ne dépeint pas uniquement la société chinoise, mais toute société dans laquelle l'individu doit se battre pour prendre sa place. Volonté inhérente à la condition sociale de l'homme ou particulièrement dramatique dans les sociétés individualistes ? Ma palme d'or 2013 !

     

    Dans cette Chine à la culture communautariste, où il nous semble (de loin) que l'individu est pris en charge par son groupe et donc plus sécurisé que dans nos sociétés occidentales individualistes, le cinéaste Jia Zhan Ke prend le parti de montrer quatre destins d'individus esseulés. 

     

    Le premier est un homme d'âge mur. Il semble a priori investi du noble rôle de syndicaliste, puisqu'il est animé d'un combat pour sauver les ouvriers de son usine. Cette dernière étant vouée a être rachetée par de riches industriels. Mais il s'avère rapidement que sa posture héroïque n'est que pur fantasme : 1) parce qu'il ne dispose d'aucun crédit de la part de ses collègues qui ménagent avant tout sa susceptibilité sans croire une seconde en ses veilléités d'action; et 2) parce qu'il n'est pas réaliste de croire qu'on puisse ne serait-ce qu'imaginer s'opposer aux transactions de puissants capitalistes sans être fou. 

     

    Refusant d'intégrer une réalité contre laquelle il ne peut rien, obsédé par l'idée de préserver cette image héroïque de lui-même, humilié publiquement par ses nouveaux partrons, et moqué par les gens de son village, il bascule dans une folie meurtrière. Drapé d'une écharpe à l'effigie d'un lion, et armé d'une carabine il part sur les routes enneigées pour tuer les puissants et les siens aussi... Sa force de protection des autres devient force de destruction absurde. Il supprime ce qui s'oppose à sa représentation du monde tel qui devrait être,  pour préserver son monde intérieur en voie d'effondrement. Seul contre tous, il n'est plus qu'un lion pour lui-même. 

     

    Le second personnage est un jeune homme plein de vitalité qui travaille en ville, également dans une usine. Victime du comportement abusif son chef, il a l'audace de démissionner pour aller travailler ailleurs. Il trouve un emploi de serveur dans un cabaret et tombe amoureux d'une prostituée. Encore un idéaliste pour lequel la réalité n'est pas soutenable et qui à la grande surprise du spectateur se jètera dans le vide en un instant. A cause de cette première déception d'un amour de jeunesse, ou parce qu'il s'avoue vaincu d'avance par un système qui ne peut que corrompre la justice et l'amour.

     

     

    Le troisième homme est terrifiant. Il n'est pas fou, il n'est pas pauvre, il n'est pas faible, il a un foyer, une tendre femme et un enfant. Mais rien ne l'atteint, rien ne le touche. Comme emmuré dans une prison mental, son ennui est infini. Et la seule chose qui lui permet de se sentir vivant, c'est de tuer! Il parcourt les routes de Chine à la recherche d'assassinats à commettre froidement. Comme si c'était la seule expérience qui lui permettait de sentir sa présence au monde. Sa puissance d'être là. Mise en scène magnifique du père qui montre à son fils un feu d'artifice dans la nuit et qui tire en l'air avec son revolver. Comme pour initier l'enfant au plaisir de pouvoir tirer... de pouvoir tuer ?

     

    Le dernier portrait est celui d'une femme. Elle est la maitresse d'un homme marié qui dit l'aimer sincèrement sans toutefois avoir le courage de quitter sa compagne. Elle décide de rompre cette relation vaine, quand une somme de drames s'abattent sur elle. La femme trompée la fait rouer de coups devant le lieu de son travail. Deux de ses  clients tentent de la violer au point qu'elle est obligé de poignarder l'un d'en eux.  Nous la voyons hébétée marcher dans les montagne enneigées telle un zombie que plus rien ne retient sur cette terre. De retour à son travail, une télé diffuse un documentaire sur le suicide chez les animaux. Tout nous pousse à croire qu'elle va mettre fin à ses jours. Quand nous la voyons dans un train, le look changé, les cheuveux coupés. Elle se rend dans une autre ville, pour travailler dans une autre usine. Elle recommence une autre vie.

     

    La figure la plus vulnérable du film est finalement la seule qui résiste, dans le sens où elle va poursuivre sa vie - malgré tout - sans cruauté ni désespoir. Sans doute parce que c'était la personnalité la plus humblement réaliste, qui n'attendait de la vie ni idéal, ni toute puissance.

     

    Ici Jia Zhang Ke fait échos à la thèse de Fritz Lang dans "M Le Maudit" ; à savoir qu'exister c'est toujours contre un l'autre. L'homme dans l'espace social dispose de ces deux potentialités extrêmes : tuer l'autre pour affirmer sa présence, ou se tuer soi-même quand il refuse le combat. Fritz Lang nous mettait face au paradoxe d'être à la fois coupable et innocent pour cela. Quand Jia Zhang Ke semble nous proposer une autre voie : oui il faut savoir tuer pour se défendre, et le reste du temps se servir de sa force pour... travailler!

     

     

     

    Fiche :

    Date de sortie 11 décembre 2013 (2h10min
    Réalisé par Jia Zhang Ke
    Avec Wu JiangWang BaoqiangZhao Tao plus
    Genre Drame
    Nationalité Chinois , japonais

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

    laviedadele.jpgLa vie d'Adèle chapitre 1 et 2 est la Palme d'Or 2012. Ici Kechiche sait toujours admirablement filmer la jeunesse, et affirmer ses convictions politiques. Pour la sauvegarde de l'école publique ou la liberté d'aimer à sa manière. 

     

    Adèle c'est le prénom de l'actrice, et c'est aussi le titre du film. Comme si la caméra de Kechiche avait donné la vie à cette jeune fille. Comme si Kechiche faisait exister cette créature à partir du nombre incalculables de gros plans sur elle : sur sa bouche entre ouverte en toute situation, ses cheveux qui tombent sur son visage, sa peau lumineuse ou rougie, son cul trop serré dans son jean ou fessé par Emma lors des longues scènes de sexe.

     

    La fascination du cinéaste pour son atrice est évidente. Elle s'abandonnant et offrant tout à voir de ses formes sans retenue ; et dans une sorte de passivité totale. Avec un timbre de voix chaude qui contraste avec son apparente fragilité. Il y a d'elle une grâce qui s'échappe incontestablement, et qui fait d'Adèle l'actrice et d'Adèle le personnage romanesque la grande réussite de ce film. 

     

    J'aime beaucoup la manière dont elle continu à aller travailler avec dignité malgré son profond désespoir amoureux.  La scène que je prèfère est celle où Adèle fait une danse africaine avec les petits enfants, en se forçant à paraître joyeuse tout en étant au bord de l'effondrement. Belle métaphore de l'entrée dans l'âge adulte où il n'y a pas d'autre possibilité que de faire face au monde malgré nos chagrins intimes accumulés.

     

    Ce film est aussi un espoir réanimé envers la jeunesse d'aujourd'hui qui fera le monde de demain. Kechiche nous rassure : oui cette nouvelle génération continuera à aimer la littérature et la philosophie qui ne mourreront jamais malgré l'ère d'Internet. Et oui ils/elles continueront de mener des luttes collectives pour le maintien des progrès sociaux telle que l'école pour tous, malgré l'individualisme grandissant et la défiance envers le politique.

     

    C'est aussi un magnifique plaidoyer pour banaliser l'homosexualité. Le montage qui met côte à côte les actes sexuels lesbiens et la relation d'Adèle avec les enfants de sa classe, semble vouloir dire qu'un individu homosexuel n'est pas de facto malsain ou pervers. Et que l'inquiétude de voir élever nos enfants par des homosexuels n'est pas fondée.

     

    Mon seul bémôle est que je ne crois pas à la passion amoureuse d'Adèle avec Emma. Sans doute parce je ne crois pas au personnage d'Emma : lesbienne affirmée qui lisait Sartre dans sa jeunesse, d'éducation bourgoise, qui peint des nues de femmes (pas très beaux d'ailleurs) et qui finit par exposer dans une galerie prestigieuse. On dirait "Plus belle la vie" ! Peut-être que l'amour exclusif de Kechiche pour Adèle lui a fait négliger la construction du personnage de Léa... 

     

    Contrairement à ce que répète la presse, je ne pense pas que Kechiche ait voulu dire qu'Emma et Adèle sont en rupture du fait de leur différence sociale. Je pense plutôt qu'Emma croit en la nécessité de l'art pour sublimer sa vie, alors qu'Adèle n'a pas besoin d'art puisqu'elle croit que l'amour va remplir sa vie. Et ce sont ces deux croyances qui les divisent. Qu'est-ce qui peut nous combler et réduire notre angoisse de la solitude: le monde abstrait des idées et la production d'oeuvres d'art ou bien la relation émotionnelle et charnelle à l'autre ?

     

    Petite interprétation très personnelle. Je trouve que Kechiche filme Adèle avec beaucoup de désir, comme s'il voulait la manger morceau par morceau. Je me demande s'il n'exprime pas là justement le conflit du cineaste lui-même, à savoir qu'il est coincé entre sa satisfaction de produire un art abstrait (le cinéma) et le plaisir d'avoir pour matériaux l'humain (d'où une relation vicérale aux acteurs). Le cinéaste ne serait-il pas comme l'enfant innocent qui souhaite réunir ces deux idéaux : l'art et l'amour ? Malgré la triste vérité pratique qu'une passion pour l'un exclura systématiquement l'autre...

     

     

     

    Fiche :

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Vivement le chapitre 3.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique